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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 11:33

digital globe

 

(image digitalglobe)

 

 

 

 

A l'occasion des accidents, très graves (on a déjà une idée avec la photo), qui ont touché les réacteurs de la centrale de Fukushima 1, suite au séisme et au tsunami du 11 mars 2011, j'ai pu entendre ici ou là une série de contre vérités qu'il me semble bon de dénoncer.

 

Je tiens à dire, tout d'abord, que je ne suis pas particulièrement anti-nucléaire, mais, tout de même, les discours et présentations lénifiants concernant cette catastrophe nucléaire, que j'ai pu lire sur certains blogs connus ont eu le don de m'exaspérer au plus haut point.

 

On dirait que certains n'ont pas retenu la leçon de Tchernobyl quant à la diffusion des informations officielles.

 

Enfin , bref, je ne suis pas dans les salles de contrôle, et je ne peux donc rien apporter comme informations supplémentaires à ce sujet, évidemment.

 

Non, mon ire concerne, ceux qui prétendent qu'en dehors du nucléaire, point de salut.

 

Rien n'est évidemment plus faux.

 

La part de l'énergie nucléaire est de 7% de toute l'énergie primaire consommée dans le monde.

Les réserves d'uranium sont évaluées à 3.4 Mt et la consommation annuelle est de 60000t/an.

Au rythme actuel les réserves assurent donc 60 ans de consommation.

 

Mais, si on voulait assurer toute la consommation d'énergie primaire avec le nucléaire ces mêmes réserves permettraient de tenir 4 ans seulement.

 

Alors, la France a choisi ce moyen de production d'électricité, soit, elle a peut-être eu raison, je n'en sais rien.

 

 

Mais, à l'évidence, le nucléaire classique, non seulement n'est pas exempt de risques, mais ne doit pas être considéré comme autre chose qu'une énergie alternative de faible capacité, au même titre que l'éolien, le solaire,  ou la biomasse.

 

 

Bien entendu, mon propos ne concerne pas la surrégénération, très peu fiable pour le moment, ni la fusion, dont le prototype ITER devrait essayer de prouver qu'elle peut être utilisée, de façon industrielle, à partir de 2050-2060.

 

 

Quant aux applications de l'électricité, dans ces conditions, telle la très "in" voiture électrique, inutile de vous dire que ce n'est qu'un gadget urbain, destiné à amuser le bon peuple.

 

 

suivi de la situation

 

 

15/03/2011 à 13H30: Selon Le Nouvel Obs, il semble que l'enceinte de confinement du réacteur 2 ne soit plus étanche

C'est à vérifier bien sûr.

Notons que selon l'ASN, français donc, l'accident est maintenant de niveau 6 sur une échelle de 7, 7 étant le niveau Tchernobyl.

On est donc maintenant bien loin du niveau 4 du début et il semble que l'ASN soit moins "timide" que certains commentateurs et que les japonais eux-mêmes.

 

15/03/2011 à 17H20: la situation semble encore se dégrader.

Selon Libé, on envisage maintenant de larguer de l'eau, par hélicoptère, pour refaire le niveau de la piscine de combustible usagé du réacteur n°4.

A ce sujet il faut signaler que ce réacteur 4 était à l'arrêt pour maintenance et qu'une fuite d'hydrogène se serait tout de même produit, occasionnant une explosion suivie d'un  incendie à la suite duquel le niveau de la piscine aurait baissé.

Comme vous le voyez on nage, si je puis dire, en peine confusion.

Pourquoi, en effet, une explosion due à l'H2 dans un réacteur à l'arrêt et comment cette explosion peut-elle déclencher un incendie tel qu'il mette en danger une piscine remplie d'eau?

C'est complètement fou ce qui se passe dans cette centrale!

De plus, le larguage par hélicoptère veut dire que malgré les déclarations nippones la situation, au point de vue radiation, est suffisamment terrible pour qu'on ne puisse plus accéder à l'enceinte à pied.

Celà n'est pas sans rappeler la situation de Tchernobyl avec les sacrifiés qui balançaient du sable ou du béton à la main ou par hélico sur le réacteur en fusion.

 

 

16/03/2011:10H00

 

point de la situation selon ASN:

 

I – Point de la situation sur la piscine de stockage du combustible du réacteur n°4

Un incendie s’est déclaré au niveau de la piscine d’entreposage du combustible usé du réacteur n°4 le mardi 15 mars 2011 aux alentours de 09h30 (heure locale); l’état du combustible stocké dans cette piscine, potentiellement affecté par l’incendie, n’est pas déterminé. Le feu a été éteint vers 12h00 (heure locale). Un deuxième incendie s’est déclaré le 16 mars 2011 à 5h45 (heure locale). Cet incendie est éteint. L’ossature du bâtiment est fortement endommagée.

La vaporisation de l’eau de la piscine se poursuit. Le dénoyage du combustible peut conduire à un éclatement des gaines du combustible. Les autorités japonaises ont par conséquent indiqué que des rejets radioactifs sont susceptibles d’être émis directement dans l’atmosphère.

L’exploitant Tepco et les autorités japonaises recherchent des moyens d’appoint pour reconstituer le remplissage de la piscine.

Ce réacteur était à l’arrêt pour maintenance lors du séisme depuis novembre 2010.

 

II – Point de la situation sur le réacteur n°2

Le combustible est partiellement endommagé. L’exploitant poursuit l’opération de refroidissement du cœur par injection d’eau de mer autant que possible.

Deux explosions successives, à 06h10 et 10h (heure locale) le 15 mars, ont probablement entraîné une dégradation de l’enceinte de confinement en sa partie inférieure. Cette perte de l’intégrité de l’enceinte serait à l’origine de l’augmentation significative des rejets radioactifs détectés de manière ponctuelle en limite du site.

Le réacteur n°2 avait été automatiquement mis à l’arrêt lors du séisme.

 

III – Point de la situation des réacteurs n°1 et 3

Le combustible des réacteurs n°1 et 3 est partiellement endommagé. Le refroidissement de chacun des réacteurs par injection d’eau de mer se poursuit autant que possible.

L’enceinte de confinement du réacteur n°1 est restée intègre après l’explosion survenue sur ce réacteur. L’enceinte de confinement du réacteur n°3 pourrait avoir été endommagée, selon le gouvernement japonais.

Le réacteur n°1 et 3 avaient été automatiquement mis à l’arrêt lors du séisme.

 

IV - Point de la situation sur les réacteurs n°5 et 6 – élévation de la température des piscines

Les réacteurs n°5 et 6 étaient à l’arrêt pour maintenance lors du séisme. Le refroidissement des réacteurs était assuré par la circulation d’eau.

Un générateur électrique du réacteur n°6 a pu être préservé à la suite du tsunami. Celui-ci permet une certaine alimentation en eau des deux réacteurs en vue du maintient de leur refroidissement.

Une augmentation de la température de l’eau des piscines stockant le combustible est observée.

 

 

 

La situation du réacteur n°4 est toujours aussi surprenante.

En effet ce réacteur est à l'arrêt depuis novembre 2010, soit depuis 4 mois.

Malgré cette longue période, le combustible usagé est encore suffisamment actif pour vaporiser l'eau de la piscine en l'absence d'appoint d'eau suffisant.

Non seulement il y a vaporisation mais la température est suffisante pour occasionner un dégagement d'hydrogène avec incendies à répéttion à la clé qui endommagent encore d'avantage les structures.

Ces dégagements d'hydrogène ne sont pas des phénomènes inconnus dans les réacteurs, bien sûr, mais ils atteignent ici des proportions à peine imaginables.

Cela restera, lorsque cette crise sera terminée, une des nombreuses leçons qu'il faudra tirer de cette catastrophe. 

 

 

ci dessous ce qui reste des  réacteurs 3 et 4 

 

 

réacteurs 3 et 4

 

 

 

Un discours du chef de l'AIEA (agence internationale énergie atomique) qui vaut son pesant d'or!

 

 

 "2011-03-16 08:40:30  xinhua

L'utilisation de l'énergie nucléaire doit se poursuivre malgré le séisme massif qui a endommagé certaines installations nucléaires au Japon, a déclaré mardi à Vienne le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Yukiya Amano.

« Nous avons besoin d'une source d'énergie stable pour atténuer les effets des changements climatiques. De ce point de vue, les avantages de l'énergie nucléaire sont bien plus importants que ses risques », a-t-il dit.

Le chef de l'agence de sûreté nucléaire de l'ONU a déclaré qu' une utilisation pacifique de l'énergie nucléaire avait le potentiel pour offrir un traitement du cancer, diminuer le coût de l'énergie et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le séisme majeur au Japon ne change rien à ces faits."

 

 

 

Il faut tout de même oser prononcer de telles sornettes.

 

Le pauvre homme semble vraiment à bout d'arguments et conforte les arguments des anti-nucléaires par l'emploi d'une langue de bois au delà de l'imaginable.

Il conforte également à mon grand regret, les arguments de certains climatosceptiques qui évoquent un lien possible entre les tenants du réchauffement climatique et le lobby nucléaire.

Ce dernier utilisant le prétexte d'un réchauffement (de plus en plus laborieux par ailleurs, de mon point de vue) pour promouvoir l'industrie nucléaire.

 

 

L'énergie nucléaire pour combattre le cancer: je suppose qu'il parle du traitement radiologique.

Il faut oser tout de même, faire le lien entre ce traitement et les centrales nucléaires.

 

Pour le coût du nucléaire: peut-être bien qu'il est moins cher, peut-être que non, et je vous défie de trouver un prix du kwh nucléaire qui fasse consensus.

 

Lutte contre le réchauffement climatique:

Bof, le nucléaire a du nous épargner entre 0.01 et 0.05°C d'augmentation de température sur les 0.8°C déjà atteints, et, au mieux, si l'augmentation prévue est de 3°C pour 2100, il nous épargnerait 0.15°C.

C'est insignifiant.

 

 

16/03/2011 : 11H30

 

Essais de noyage de la piscine du réacteur 4 abandonnés pour le moment, suite à une trop forte radioactivité.

 

Il ne faut pas demander la valeur de la radioactivité mesurée au dessus de ce réacteur.

A ce sujet, il est bon de signaler que les valeurs de radioactivité annoncées, souvent en limite de site, concernent ce que "voient" des capteurs situés on ne sait à quelle hauteur et répartis on ne sait comment.

Le nuage radioactif peut très bien passer au dessus des capteurs.

 

A l'évidence, cela commence à ressembler de plus en plus à Tchernobyl.(1)

J'entendais hier un médecin spécialiste qui prétendait que la situation sanitaire, du moins sur site, était comprise entre 0.1 et 1 Tchernobyl.

 

(1) en fait il semble y avoir confusion dans les diverses données de doses de radiations (il faut dire que les unités utilisées en radioprotection sont invraisemblables) et on ne peut faire de comparaison valable entre les deux évènements.

 

16/03/2011: 18H45

 

ci-joint le CR de l'IRSN de 14H00

 

Il apparaît que la situation actuelle est très grave mais pourrait s'aggraver encore d'ici quelques jours si on ne trouve pas la parade.

 

En effet les piscines des réacteurs 3 et 4 sont entrain de bouillir mais il reste respectivement 7 et 4 jours pour que les éléments combustibles soient dénoyés et donc pour que les émissions radioactives augmentent vraiment.

 

 

du côté des réacteurs eux-mêmes:

 

70% du coeur du réacteur n°1 est endommagé (sans qu'on sache s'il forme un corium ou pas)

la cuve est en circulation d'eau de mer mais une partie reste dénoyée.

en cas de rupture de la cuve (probabilité inconnue) augmentation forte du niveau radiatif.

 

33% du coeur du réacteur n°2 est endommagé.

la cuve est en eau, mais l'enceinte de confinement est endommagée.

en cas de rupture de la cuve (probabilité inconnue) augmentation forte du niveau radiatif.

 

une certaine partie du coeur du réacteur n°3 est endommagée

la cuve est en eau mais douteuse

en cas de rupture de la cuve (probabilité inconnue) augmentation forte du niveau radiatif.

 

 

Il y a donc une course contre la montre engagée pour réaliser des appoints d'eau dans les piscines.

Du côté des réacteurs la situation reste incertaine et potentiellement très très grave.

C'est ce qui fait dire à notre ministre NKM que le scénario du pire sur Fukushima pourrait être plus dévastateur que Tchernobyl.

Mais contrairement à ce que j'avançais plus haut, pour le moment, on reste bien un cran en dessous.

 

 

à lire aussi ce chat de Pierre Le Hir du Monde où il est indiqué entre autres, ceci:

 

Selon l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire français, les rejets radioactifs totaux qui pourraient se disperser dans l'environnement à Fukushima pourraient représenter entre 10 % et 50 % des rejets émis à Tchernobyl.


Ce serait donc moins que Tchernobyl mais très conséquent tout de même.

 

 

 

16/03/2011 21H05

 

Décidément les nouvelles sont contradictoires.

Selon le réprésentant américain de la NRC, le niveau de radiations atteint sur le réacteur n°4 serait extrêmement élevé suite au dénoyage complet de la piscine.

C'est évidemment une très mauvaise nouvelle, d'autant que les 50 opérateurs du site ont déjà reçu des doses conséquentes.

C'est à confirmer bien sûr, mais çà rajoute à l'inquiétude quant à la réalisation du scénario du pire, car plus personne ne pourra approcher le site si çà continue, et on n'est pas dans l'URSS des années 80 où on envoyait des "volontaires liquidateurs héroïques" se faire joyeusement transformer en sapin de Noël phosphorescent.

 

 

 

17/03/2011 8H40

 

Pas encore de mises à jour de l'IRSN ni de l'ASN.

Les japonais ont déversé des milliers de litres d'eau sur le réacteur 3.

Un canon à eau est prévu pour la piscine du 4.

On se décide enfin à réalimenter la centrale en électricité HT ce qui devrait permettre de redémarrer les pompes de refroidissement en espérant que les circuits soient encore opérationnels.

C'est aussi une leçon à tirer de l'accident: en cas de destruction du réseau électrique général sortant d'une centrale, il faut disposer de moyens électriques de secours hyper-fiables .

Il semble que les diésels de secours de la centrale n'ont pas été opérationnels.

 

 

Vous pouvez écouter, depuis un observatoire sous-marin, le tremblement de terre du 11 mars, en accéléré, ici (appuyer sur "earthquakes")

 

 

17/03/2011 10H20

 

ci-joint le bulletin de l'IRSN de 6H00

 

Il semble que la situation est en voie d'amélioration ou du moins moins pire qu'annoncée précédemment.

 

En effet:

 

La piscine 3 a pu être réalimentée par les larguages d'eau par hélicoptère tandis que la 4 ne serait pas asséchée contrairement à ce que disaient les américains hier soir.

 

Pour les réacteurs proprement dit, il semble maintenant que les enceintes de confinement n'aient pas perdu leur étanchéité.

 

L'alimentation électrique sera rétablie dans l'après-midi.

 

 

17/03/2011 17H00

 

ci-joint le bulletin de l'IRSN de 15H00

 

peu d'évolution.

remise en électricité demain

efficacité limitée des larguages d'eau par hélico

arrêt de l'opération canons à eau pour cause de radioactivité trop forte

 

à noter que toutes les salles de contrôle sont fortement irradiées limitant ainsi le temps de présence des opérateurs.

 

 

18/03/2011 8H00: arrêt du suivi de la situation sur climat-evolution

 

Il semble que la situation à Fukushima soit stabilisée.

S'il avait du y avoir aggravation cela se serait déjà produit.

L'alimentation électrique revenant aujourd'hui, les opérateurs vont pouvoir disposer de toutes les utilités nécessaires à un refroidissement enfin pleinement efficace.

En conséquence nous arrêtons le suivi particulier et exceptionnel que nous faisions sur cet évènement.

 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 12:54

 

 

 

Je pense que certains d'entre vous auront été surpris, ou du moins intéressés, par la récente polémique française concernant les gaz de schistes, mettant en exergue, notamment, notre ministre de l'environnement, NKM.

 

Personnellement je dois dire que j'ai un peu débarqué dans cette histoire.

Pour moi la France était un pays très pauvre en hydrocarbures et penser qu'on pouvait envisager une exploitation de gaz dans le sud de la France m'a causé un certain choc.

Du coup je me suis renseigné un peu, c'est très facile avec internet, pour essayer d'en savoir plus sur les réserves potentielles de ce gaz et les techniques d'exploitation envisagées.

Bon je passe sous silence les problèmes environnementaux, sans doute réels et importants,non liés au CO2 dégagé par la combustion de ce gaz.

Ceux qui s'en préoccupent m'excuseront, je l'espère, ce blog étant orienté climat.

 

 

Dans ce cadre les réserves et ressources "brûlables" présentent pour moi un intérêt constant puisqu'elles déterminent la quantité possible de CO2 dans l'atmosphère.

Ce domaine comme on le sait comporte ses sceptiques, à savoir ceux qui pensent, de manière sincère, ou non, que les scénarios les plus extrêmes du GIEC ne sont pas possibles.

L'un d'entre eux professait doctement qu'un des scénarios A2 était impossible, voire grotesque, puisqu'il envisageait une consommation de gaz naturel plusieurs fois celle permise par les réserves conventionnelles.

Cet avis, très conservateur, ne témoignait pas d'une grande rigueur scientifique, pour le moins, et on pouvait légitimement  avoir des doutes sur le but qu'il visait.

 

Je n'ai pas la prétention, pour ma part, de décider si les dizaines de milliers de gigatonnes de carbone fossile seront ou non exploitées (je sais pas lire dans les noyaux des galaxies, moi) mais je voulais apporter ce petit élément supplémentaire qui me semble aller, hélas, vers une disponibilité bien plus grande que notre conservatisme actuel pourrait le faire croire, en carbone fossile, et "accessoirement" en CO2 potentiel dans l'atmosphère.

 

Je me suis basé sur un seul site, l'IFP (Institut Français du Pétrole) très connu parmi ceux qui s'intéressent à cette problématique.

Je connais par expérience professionnelle, bien que n'étant pas dans le pétrole, le sérieux de cet organisme de recherche, mais bien entendu, d'autres sources seraient souhaitables.

 

Selon cet organisme donc, les réserves mondiales de ce gaz seraient 4 fois plus grandes que les réserves actuelles en gaz conventionnel soit:

 4*127 = 508Gt. (source BP pour le conventionnel)

Ce qui porterait ces réserves totales à 635 Gt.

Bien entendu on ne sait pas dire si on pourra tout exploiter pour couvrir les besoins en gaz du scénario A2 (ASF).

 

Chiffrons cependant.

Le Scénario A2 ASF prévoit 22.2 ZJ (1021J) cumulés entre 2010 et 2100.

Les 635 Gt représentent, si je calcule bien, 26.6 ZJ et couvriraient donc les besoins, en gaz, d'un des scénarios présentés comme délirants par les adeptes d'un pic énergétique imminent.

 

Ce gaz de schiste n'est pas une chimère, comme pourrait l'être par exemple le gaz issus des hydrates de méthane océaniques (quoiqu'il y aurait sans doute à dire aussi là-dessus)
Les extractions se multiplient un peu partout dans le monde et il représenterait déjà 12% de la production de gaz des USA.

Le fait qu'on l'envisage pour la France, témoigne à mon sens que les possibilités sont réelles.

 

 

La technique semble présenter cependant des conséquences pour l'environnement.

 

En gros (vous lirez ça sur le site de l'IFP) il s'agit de réaliser des forages à 1000-3000 m en partant à l'horizontale ensuite.

 

 hydrofracking

(image IFP)

 

On injecte alors de l'eau qui va fracturer la roche (c'est l'hydrofrakking ou hydrofracture) pour libérer le méthane et repomper ensuite l'eau chargée de méthane.

Ce sont les améliorations techniques, notamment les forages horizontaux, qui permettent une exploitation finalement assez peu coûteuse de ces gisements plutôt dilués.

 

une petite vidéo pour mieux comprendre le principe:

 

 

 

 

 

Loin de moi bien entendu de prendre parti pour cette nouvelle technique d'exploitation ou pour le principe même de l'extraction de nouvelles ressources de carbone fossile.

 

Mais mon but est de mettre en garde contre certaines sirènes sceptiques qui instillent constamment le doute sur les possibilités réelles d'atteindre les scénarios d'émissions les plus pessimistes du GIEC.

Et donc, par voie de conséquence, des augmentations de température pour la fin du siècle et les siècles suivants réellement dangereuses (plus de 4°C en global, plus de 6°C en France, plus de 10°C en Arctique)  pour la planète et ses habitants.

 

Il est important de signaler que le gaz naturel, à énergie délivrée égale, émet 66% de la quantité de CO2 émise par la même masse de charbon.

Il est donc considéré, comparativement au charbon, comme une énergie "propre" et dans le contexte de consommation d'énergie fossile, son emploi serait à encourager plutôt que celui du charbon.

En sachant toutefois que la combustion de 700 Gt de gaz naturel met dans l'atmosphère une quantité de CO2 équivalente à celle qui y est déjà présente.

 

 

 

PS: les réserves de carbone fossile et notamment de gaz naturel sont assez difficiles à quantifier, évidemment.

Concernant le gaz naturel conventionnel et non-conventionnel j'ai tout de même un peu de mal à différencier ce qui est dans ces différentes cases étant donné que du non-conventionnel passe en permanence dans le conventionnel.

J'ai trouvé ce document de la BBC qui parle de réserves de gaz naturel qui pourraient ateindre 920 trillions de m3 soit, environ, à 0.8t pour 1000 Nm3, 736Gt de GN.

Il est assez difficile de savoir si les réserves actuelles sont dans ce chiffre mais on est supérieur à l'estimation que je faisais plus haut.

 

le commentaire de l'auteur de l'article est impressionnant:

 

 

'Huge resources'

 

The US achieved the change through a technological breakthrough in which firms found a way of using tiny explosions to free gas previously trapped in a common rock - shale.

Miss Corbeau said other nations were now rushing to replicate the US success by exploiting gas currently trapped in various types of rock where it was thought to be impossible to access.

She said conventional natural gas supplies were assured for 60 years - with maybe a further 60 years if engineers could get to other supplies.

She admitted there is great uncertainly about how much unconventional gas is possible to exploit, but said the best estimate is that new sources will stretch gas supplies to 250 years at current levels.

"The resources are really huge," she said.

"We probably have 920 trillion cubic metres - that is more than 300 times the current annual demand for gas.

"Not all of this will be recoverable, but any country that develops new gas supplies will have a global impact on gas availability and price, as gas markets are all inter-connected."

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7 janvier 2008 1 07 /01 /janvier /2008 16:14

Réserves et ressources d'énergie fossile

 
 
 
le 06 janvier 2008.
 
1 résumé du problème
 
 

le climat du 21ème siècle, et bien au-delà, va dépendre, en fonction de ce que l'on sait sur l'influence des Gaz à Effet de Serre (GES), des teneurs de ces derniers dans l'atmosphère.

Ces gaz sont principalement le CO2, le CH4, le NO2, l'ozone (O3).

 

La teneur en CO2 de l'atmosphère dépend de ce qui y entre et de ce qui en sort.

Nous laisserons de côté la problématique du cycle de carbone pour nous intéresser à la partie anthropique de "ce qui y entre".

Dans cette article, seule la partie "émissions de CO2 par utilisation de l'énergie fossile", sera envisagée.

Dans un souci de simplification et pour ne pas alourdir la démonstration de façon inutile, nous supposerons que le CO2 émis par d'autres activités industrielles et en dehors du processus de combustion, comme la fabrication du ciment, par exemple, est négligeable.

 

La quantité de CO2 qui sera réellement dans l'atmosphère en 2100 n'est évidemment pas connue.

Le GIEC (IPCC en anglais) a élaboré un certain nombre de scénarios d'émission, les SRES, que nous ne détaillerons pas ici.

 

Grossièrement, ces scénarios sont subdivisés en 4 familles: A1, A2, B1, B2.

 

Nous ne nous intéresserons qu' à la famille A1 que  le résumé français des SRES décrit ainsi:

 

" Le canevas et la famille de scénarios A1 décrivent un monde futur dans lequel la croissance économique sera très rapide, la population mondiale atteindra un maximum au milieu du siècle pour décliner ensuite et de nouvelles technologies plus efficaces seront introduites rapidement. Les principaux thèmes sous-jacents sont la convergence entre régions, le renforcement des capacités et des interactions culturelles et sociales accrues, avec une réduction substantielle des différences régionales dans le revenu par habitant. La famille de scénarios A1 se scinde en trois groupes qui décrivent des directions possibles de l'évolution technologique dans le système énergétique. Les trois groupes A1 se distinguent par leur accent technologique : forte intensité de combustibles fossiles (A1FI), sources d'énergie autres que fossiles (A1T) et équilibre entre les sources (A1B)."

 

et en particulier le scénario A1FI qui comme son nom l'indique signifie de la famille A1 et Fossil Intensive.

 

A1FI n'est pas, comme on peut l'entendre souvent, un scénario "dément" ou "irréaliste".

 

voici quelques unes de ses caractéristiques, la référence étant l'année 1990.

 

la population mondiale se stabilise à 8.7 milliards vers 2050 pour décroître ensuite à 7.1 milliards en 2100.

Le PIB mondial monte de 3% par an (nous sommes actuellement à une croissance supérieure)

Le coefficient de revenu entre pays riches et pays pauvres( ou en développement) passe de 16.1 à 1.5.

la consommation d'énergie primaire augmente de 1.6% /an.

La part du charbon passe de 24 à 30%, ce n'est donc pas le "king-coal" scénario.

La part du non-carbone (en gros le renouvelable + nucléaire) passe de 18 à 31 %, ce qui témoigne d'un effort significatif dans ces domaines.

 

C'est donc un scénario presque "raisonnable", en tous cas plutôt BAU (Business As Usual), puisqu'il suppose l'adoption d'une croissance comparable à ce que nous vivons au cours de cette première décennie, voire même un peu inférieure.

 

Mais y a-t-il assez d'énergie fossile pour satisfaire son appétit, gargantuesque, malgré tout?

 
 

2 réserves et ressources

 
 


J'ai identifié, dans le maquis d'informations à ce sujet, trois organismes me semblant sérieux.

 
Il s'agit du BGR (Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe)
 

qui nous livre les données les plus "up-to-date" (2006) que j'ai pu trouvées.

 

l' IPCC 2001 (TAR) dont les données datent de 1999-2000

 

le WEA (World Energy Assessment) avec des données de 2000.

 
 
 
2.1 BGR


 
définitions des réserves et ressources
 
 

"Reserves: Quantities that can be profitably recovered from a mineral deposit with

current technology

Resources: Detected quantities that cannot be profitably recovered with current

technology but might be recoverable in the future, as well as quantities

that are geologically possible but yet to find."

 
 

les réserves sont les quantités qui peuvent être extraites avec profitabilité d'un dépôt minéral avec la technologie existante

 

les ressources sont des quantités détectées qui ne peuvent pas être extraites avec profitabilité avec la technologie existante, mais pourraient être récupérables dans le futur ainsi que les quantités qui sont géologiquement possibles mais pas encore trouvées.

 

voici ce que donne le tableau récapitulatif du BGR en unités GtC

 
 
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notons que, dans les ressources, apparaissent 241 GtC d'hydrates de méthane.

soit une petite part du stock en place évalué à 5000 GtC en fourchette basse.

les hydrates n'apparaissent que comme "ressources ou occurrences additionnelles" dans les autres bases.

Ceci dit le fait de négliger les hydrates comme source d'énergie possible du 21 ème siècle n'est pas très pertinent lorsqu'on connaît les programmes de recherche effectués notamment par les Japonais et les Américains.

Programmes prêts à être accélérés, lorsque le besoin réel se fera plus pressant.

 
 
 
2.2 IPCC
 
 
définitions:
 
 

"Proved oil reserves, for example, are defined as "those quantities which geological and engineering information indicates with reasonable certainty can be recovered in the future from known reservoirs under existing economic and operating conditions" (BP, 1996). Thus, reserves can increase with exploration (new or better information), engineering advances (better economic and operating conditions), and higher prices (better economic conditions). In essence, reserves are "replenished" by shifting volumes from the resource into the reserve category. Reserves can also be depleted through production and can decrease with lower prices.

 

For SRES the fossil resource categorization used is reserves, resources, and additional occurrences. The definition of BP (1996) was adopted for reserves. Resources are those hydrocarbon occurrences with uncertain geologic assurance or that lack economic attractiveness. Finally, all other hydrocarbons that do not fall within the reserve and resource categories are aggregated in the category "additional occurrences" (i.e., occurrences that have a high degree of geologic uncertainty, are not recoverable with current or foreseeable technology, or are economically unwarranted at present)."

 
 
 

la définition des réserves de pétrole, donnée par BP 1996, est généralisée à l'ensemble des réserves de fossile.

les réserves sont donc les quantités dont les informations géologiques et d'engineering indiquent avec une certitude raisonnable qu'elles pourront être extraites, dans le futur, des réservoirs connus sous les conditions économiques et opérationnelles du moment.

 

les ressources sont des occurrences géologiquement incertaines et économiquement peu attractives.

Toutes les autres catégories tombent dans la rubrique "occurrences additionnelles" c'est-à-dire des occurrences qui, avec un haut degré d'incertitude géologique , ne sont pas récupérables avec la technologie actuelle ou telle qu'on peut la prévoir à présent, ou sont économiquement injustifiées.

 
 
tableau récapitulatif de l'IPCC
 
 
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Il est à noter la rubrique "conventionnel restant à découvrir" non présente dans les autres bases de cet article.

Cette rubrique est, dans le contexte qui nous occupe, à placer dans les "ressources" ce qui porte ces dernières à 2548+318 = 2866 GtC

 
 
 
 
 
2.3 WEA
 
 
 
 
documentation assez intéressante.
 

le tableau de Mc Kelvey (fig1), pourtant très ancien, donne une bonne représentation des ressources en général.

 
 
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le définition des réserves ne change pas fondamentalement.

les ressources qui figureront dans le tableau récapitulatif sont définies comme:

 

"réserves à découvrir ou ressources à développer en tant que réserves"

 
tableau récapitulatif pour le WEA
 
 
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2.4 récapitulatif des réserves et ressources pour les 3 organismes.


 
 
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Concernant les réserves, il est important de noter que les valeurs de l'IPCC et du WEA, datent des années 1990 à 2000.

Il est donc normal de constater une certaine baisse entre ces valeurs et celle du BGR qui date de 2006.

Si on considère une consommation moyenne de 7 GtC/an pendant environ 10 ans cela fait une baisse de 70 GtC.

Mais on constate aussi qu'il n'y a pas eu de transfert entre ressources et réserves.

 
 
 

Les émissions du scénario A1FI, en couleur rouge, l'un des plus durs des scénarios du GIEC, ont été ajoutées à ce graphe.

la hauteur du scénario, pour BGR, a été baissé pour tenir compte du C déjà mis à l'atmosphère entre 1990 et 2006.

Si les émissions sont supérieures aux réserves prouvées (en bleu) d'un facteur 2 à 2.4, elles semblent par contre dérisoires face aux ressources (violet).

Les occurrences additionnelles pour IPCC et WEA n'on pas été prises en compte mais leur niveau , voir tableaux, est supérieur d'un facteur 10 à ces émissions.

 

Le problème majeur qu'il reste à résoudre, est celui du passage des ressources aux réserves.

 

Cela exige un travail énorme, par des équipes multi-disciplinaires, de prospective, à la fois sur le terrain et dans les bureaux d'études.

 

Pour fixer les idées, j'ai choisi de présenter deux fractions possibles des ressources passant en réserves et donc consommables, pour ce 21 ème siècle, à savoir 25 et 50%.

 

Dans quasiment tous les cas, à quelques 100 Gt près pour l'IPCC, une fraction de 25% suffit pour assurer A1FI.

 
 

3 . est-il possible d'extraire la quantité totale nécessaire?


 
 

Dans l'état actuel des connaissances on ne peut être sûr que ces 25% seront extraites des ressources, mais cela me semble possible.

 

Possible, grâce au progrès technologique et à l'attractivité économique de plus en plus grande de ces ressources face à une énergie fossile "conventionnelle" qui se renchérit.

Actuellement, en ce début 2008, nous sommes encore, malgré un prix de pétrole de 100$/bl, dans un monde d'énergie abondante dont le coût total reste nettement à moins de 10% du PIB.

 

Pourquoi, dans ce monde, où on gère préférentiellement le court terme, aurait-on déjà entrepris l'effort technico-économique énorme, nécessaire à la prospection et à l'extraction du non-conventionnel?

 

Les raisonnements "pessimistes" actuels ne tiennent pas compte des possibilités techniques à venir, car ils ne les connaissent pas.

Ces raisonnements peuvent faire penser à ceux d'une personne savante de 1908, essayant de subodorer les progrès techniques des 100 années qui allaient suivre, comme par exemple l'énergie nucléaire (seulement 37 ans après Hiroshima et Nagasaki étaient rayées de la carte), les forages off-shore, l'informatique, l'Homme sur la Lune (61 ans après seulement) etc.

Et ce même si les "techniques" de prospective ont elles-mêmes évolué, on ne peut guère "voir" à plus de 20 ans.

 

Moi non plus d'ailleurs, et certainement encore moins que ces personnes savantes (de maintenant tout de même), je ne peux envisager ce développement ultérieur, mais force est de constater que, jusqu'à maintenant, les sciences et techniques nous ont permis d'exploiter les quantités de combustibles fossiles que nous souhaitions réellement exploiter.

Bien entendu ce raisonnement a ses limites, mais les limites réelles tangibles sont fixées par l'état des ressources et des occurrences additionnelles.

Le reste, à mon sens, est du bavardage, certes intéressant, mais du bavardage, si l'on ne participe pas de façon active à l'effort, tel que décrit plus haut, à entreprendre.

 

C'est pourquoi, je pense tout à fait possible les scénarios d'émissions les plus "durs" du GIEC, tels le scénario A1FI.


 
 

4 . conséquences de la réalisation du A1FI


 
 

Afin qu'il n'y ait pas méprise, je précise que lorsque j'ai parlé plus haut de "pessimisme" c'était au sujet des possibilités d'extraction d'énergie fossile du sous-sol, bien entendu.

 

Je ne suis pas favorable, évidemment, à ce que l'on réalise le A1FI, étant données ses conséquences environnementales redoutables, voire cataclysmiques.

 

Je ne verse cependant pas dans un catastrophisme, ni même un alarmisme, que se plaisent à dénoncer les sceptiques.

 

Ce scénario, je le rappelle, conduit à une "meilleure estimation" d'augmentation de la température globale de 4°C pour 2095 (fig 3) et pas loin de 6°C comme température d'équilibre, vers le fin du 22ème siècle.

 
Et encore ceci ne concerne que la température globale.

La figure 4 montre la déclinaison de cette augmentation globale selon la latitude.

Par exemple, pour la France, et la Belgique, il faut multiplier la température globale par un facteur 1.5, ce qui nous mène à 6°C pour 2100 et 9°C pour 2200.

 

9°C c'est Stockholm comme Madrid maintenant, Bruxelles comme Rabat, Toulouse comme Le Caire (mais sans les pyramides!)

 

Pour l'Arctique c'est encore pire puisque le coefficient est de l'ordre de 1.8 pour les terres et 2 pour les océans.

Soit pour les terres de l'Arctique 7.2°C d'augmentation en 2100 et 10.8°C en 2200 et pour l'océan arctique pas loin de 8°C en 2100 et 12°C en 2200.



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Inutile de dire qu'avant l'obtention de telles températures, quelques seuils connus ou inconnus, risquent fort d'être franchis.

Parmi ceux-ci, le seuil tant redouté de la déstabilisation des gisements de CH4 océaniques (chlatrates) et dans une moindre mesure du permafrost.

 

Je n'ai pas de chiffrage précis des conséquences possibles ou probables de la libération, plus ou moins rapide, de quantités de méthane aussi importantes dans l'atmosphère, et sur une Terre déjà passablement réchauffée.

 
 
Je laisse à chacun la liberté de l'imaginer.


PS: je suis désolé pour la lisibilité des divers tableaux et figure, pour le moment je ne sais pas mieux faire.
PS2: il suffit de cliquer sur les "tab" ou "fig" en dessous de chaque image pour avoir une version agrandie.

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