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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 17:16

 

 

Vous voudrez bien excuser, à l'avance, le style un peu taquin de cet article.

 

Supposons donc un système climatique, par exemple les océans de notre belle Terre, qui ne subit aucun forçage, aucune augmentation de CO2, aucune augmentation du flux solaire, rien sur le plan des volcans, etc. etc.

Sa sensibilité climatique est "neutre" et correspond à la réponse de Planck, soit environ 1.2°C par doublement de CO2.

Bref c'est un monde bien tranquille, bien pépère, pour reprendre un surnom à la mode.

 

Si, dans ce monde pépère, vous voyez la température de surface de l'océan baisser subitement et l'anomalie de température rester négative un certain temps, en dehors du fait que ce monde est moins pépère que vous le pensiez, direz-vous qu'il y a accélération du réchauffement climatique?

 

Il faudrait être un peu bizarre pour prétendre çà, non?

 

Mais si vous mesurez la chaleur des océans, sans regarder la température de surface, et que vous voyez cette chaleur augmenter, vous pourrez dire cependant, à l'instar de Skeptical Science (voir article précédent), que cette augmentation de chaleur confirme "l'accélération du réchauffement climatique".

 

Ben oui vous pourriez le dire, mais, évidemment, vous auriez tout faux.

 

Une simulation effectuée avec le modèle maison montre le monde pépère dont la surface océanique subit brutalement une invasion d'eau froide venue des profondeurs.

Je ne sais pas si çà correspond à quelque chose de réaliste que cet upwelling puissant, mais peu importe, je grossis le trait, en me rappelant que c'est un peu ce genre de phénomène qui se produit, à plus petite échelle, lors d'une Niña.

 

Le graphe ci-dessous représente la chaleur océanique, en rouge , qui augmente très fort à partir du milieu de la période considérée, alors que la température de surface, en bleu, chute considérablement.

 

upwelling cata

 

Je vous laisse décider s'il s'agit d'une "accélération du réchauffement climatique"…

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 12:46

 

 

A la lecture de certains articles comme celui, dernièrement, de Skeptical Science (SkS), on pourrait le croire.

Avant de démonter cette thèse il convient de rappeler quelques principes.

 

Il est important en effet de rappeler que l'intégralité des transferts d'énergie par voie radiative se déroule dans les premiers mètres de la surface terrestre et dans l'atmosphère.

L'océan superficiel (en dessous des premiers mètres) et encore moins l'océan profond, ne sont concernés par ces échanges radiatifs.

Seuls les échanges par diffusion et convection permettent un transfert de chaleur de la surface vers l'océan.

 

Cet océan est pour le système climatique une énorme source froide.

Sa  température moyenne est de 3°C environ, alors que la température de surface est de 15°C.

De plus sa capacité thermique (sa capacité à absorber la chaleur) est plusieurs milliers de fois celle de la surface et de l'atmosphère.

Nous avons souvent dit ici que, théoriquement, il y avait assez de "froid" dans l'océan pour absorber plusieurs milliers d'années de réchauffement climatique correspondant à un doublement de la teneur en CO2.

 

Le calcul est simple.

Le doublement du CO2 correspond à un forçage de 3.7W/m2 qui s'exerce sur une colonne d'eau de 3750m.

Avant que la température dépasse 15°C, si on suppose que l'intégralité du flux réchauffe l'océan de 3 à 15°C, il faut attendre un temps t, tel que:

 

t = 3750m3*1000kg/m3*4186J/kg.°C*12°C / 3.7W = 5.091 10^10 s = 1614 ans.

 

 

Il est d'usage, chez certains, de dire que 90% du réchauffement climatique se situe dans l'océan.

C'est une manière impropre de raisonner ou de s'exprimer.

Ce qui est vrai c'est que 90% de la chaleur stockée par le système climatique l'est dans l'océan.

Mais, à la limite, on se fiche pas mal de ce qui est stocké et ce qui nous intéresse c'est la température de la surface.

 

Il est plus intéressant de considérer le bilan global tel que calculé par Murphy et al 2009.

 

La figure 6 en est très révélatrice.

 

fig 6 murphy et al 2009

 

La partie gauche (a) indique la contribution au forçage positif des GES et du soleil.

la partie droite (b) est la déclinaison de ce forçage, en quelque sorte son "utilisation".(si on met dans utilisation les forçages négatifs ce qui est impropre)

On s'aperçoit que la chaleur stockée, en bleu, représente seulement un tout petit peu plus que 10% du total.

C'est sur ce 10% que s'appliquent les 90% de SkS.

Rien que l'énergie retournée dans l'espace, en orange (ou rose), est deux fois supérieure à cette chaleur stockée.

Mesurer le réchauffement climatique uniquement par la chaleur océanique, parce que çà représente 90% de l'énergie stockée, est donc une vision tout à fait partielle, pour ne pas dire partiale, des choses.

C'est pourtant bien ce que SkS fait.

Le graphique de Murphy représente bien ce qu'est le réchauffement climatique ou plutôt comment il se manifeste.

C'est la somme des zones bleues et orange.

Et cette zone orange est liée directement à la température de la surface.

Dire que la zone bleue augmente sans parler de la zone orange c'est ne voir qu'un aspect du problème, par conséquent.

 

Evidemment les deux sont liées.

 

Si le transfert de chaleur augmente, pour une raison x, de la surface vers l'océan, la zone orange décroît et la zone bleue augmente.

 

Mais la somme des deux peut varier également.

 

SkS cite l'étude de Balmaseda et al 2013 (B13) comme soutien théorique à son article.

 

Il est à noter que si skepticalscience écrit:

 

"New Research Confirms Global Warming Has Accelerated"

 

à aucun moment dans le texte de B13 il n'est fait mention d'une telle conclusion.

B13 ne parle que d'une accélération du réchauffement de l'océan et pas du réchauffement global.

 

Il y a là, une fois de plus, question à se poser sur l'alarmisme de plus en plus forcené de SkS, au détriment de la vérité scientifique.

 

L'étude de Balmaseda et al est toutefois intéressante sur la méthodologie et sur les résultats.

Côté méthodologie, il s'agit d'une réanalyse appliquée à l'océan.

La réanalyse se base sur les flux atmosphériques à la surface et sur les mesures des différents profilers océaniques (XBT, Argo, …).

Effectivement il y aurait bien une augmentation de la prise de chaleur océanique au cours de la dernière décennie.

 

fig 1 B13

 

Augmentation qui serait due à un changement des vents de surface, promoteur d'un meilleur mélange océanique, ainsi qu'à une phase négative de la PDO et donc à des Niña plus fréquentes.

 

Il n'y a donc rien de très original dans ces causes et c'est que nous disons depuis des années ici, mais l'intérêt est qu'on en a la traduction dans l'océan, par des mesures réanalysées, toutefois.

 

Rien n'indique que ce changement ne soit autre chose que de la variabilité et soit du au réchauffement global.

Dans ce dernier cas il faudrait rappeler que, hors phase transitoire, le réchauffement global devrait, au contraire, entraîner une diminution de la circulation atmosphérique et donc une stratification plus grande de l'océan.

 

Dans un prochain article on reverra les variations anti-corrélées entre température de surface et chaleur océanique, à l'aide du modèle maison.

 

Mais en conclusion, non, le réchauffement global ne s'est pas accéléré au cours de la dernière décennie.


En corollaire, les valeurs basses de sensibilité climatique induites par les calculs effectués avec les nouveaux forçages de l'AR5, ne sont en aucun cas remises en question par les résultats de l'étude de Balmaseda.

 

 

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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 11:11

 

0213 niveau de la mer

 

 

Du moins si on en croit les données satellitaires et le graphique du site AVISO (CNES-LEGOS).

La hausse depuis le début de l'année 2011 est en effet spectaculaire et exceptionnelle dans la période satellitaire soit depuis 1993.

Depuis 2011 on relève une hausse de 2 cm, soit 1 cm/a, soit encore plus du triple de la tendance sur 20 ans.

2 cm c'est facile à imaginer.

En écartant le pouce et l'index d'une de vos deux mains (vous avez le choix!) vous pouvez imaginer cet écart sur l'ensemble des océans et çà vous fait une paire de m3, environ 7400 milliards, soit encore un cube de 17.7km de côtés ou alors deux fois le volume total de La Manche.


On peut supposer deux raisons à cette hausse.

 

La première est la hausse des précipitations sur les terres, lors de la Niña 2010-2011, d'où la rétention temporaire d'eau, et son relarguage dans l'océan, la deuxième résultant de la fonte record du Groenland au cours de l'été 2012.

 

à suivre…

 

PS: j'oubliais la hausse due à la dilatation thermique des océans, mais celle-ci représente 10% environ (1mm/an pour un réchauffement "normal"), des 2cm constatés.

 

PS 31/03/2013: voir cet article de SkepticalScience sur ce thème.

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21 février 2011 1 21 /02 /février /2011 11:40

 

 

 

CNES-LEGOS

 

 

 

Une nouvelle étude, parue dans JGR et signalée par skepticalscience, met en évidence l'importance de l'océan profond dans les variations du niveau de l'océan dans son ensemble.

 

 

résumé (voir abstract ici)

 

 

JOURNAL OF GEOPHYSICAL RESEARCH, VOL. 116, C02020, 16 PP., 2011
doi:10.1029/2010JC006601

Deep ocean warming assessed from altimeters, Gravity Recovery and Climate Experiment, in situ measurements, and a non-Boussinesq ocean general circulation model

 

Y. Tony Song

Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology, Pasadena, California, USA

Frank Colberg

Jet Propulsion Laboratory, California Institute of Technology, Pasadena, California, USA

CSIRO Marine and Atmospheric Research, Aspendale, Victoria, Australia

 

 

"Des observations ont montré  un réchauffement significatif des fonds océaniques, mais elles sont trop spatialement et temporellement sporadiques pour quantifier la contribution de l'océan profond à l'élévation du niveau marin actuel (SLR).


Dans cette étude, la hauteur de la surface de la mer altimétrie (SSH), le changement de masse de l'océan par gravité (GRACE), le niveau stérique de l'océan supérieur (0-700m) par des mesures in situ ont été utilisés en variabilité saisonnière et en tendance.

 

Il est montré que ni la moyenne mondiale, ni les tendances régionales du niveau altimétrique ne peuvent être expliquées par la variation stérique de l'océan supérieur  additionnée de la variation de masse (GRACE).


Un  modèle d'océan  de circulation générale (OGCM) non-Boussinesq, permettant de déterminer l'élévation du niveau marin comme une réponse directe à la chaleur ajoutée dans l'océan, est ensuite utilisé pour diagnostiquer la hauteur de l'océan profond stérique.

 

Contraint par les données de température de surface et les mesures de rayonnement (TOA) au sommet de l'atmosphère, le modèle reproduit le contenu observé chaleur de l'océan supérieur. La combinaison de la hauteur d'océan modélisé profond stérique avec des données d'observation de l'océan supérieur donne la pleine hauteur stérique de l'océan complet.

 

L'ajout d'une tendance estimée de variation de masse et les données modélisées expliquent non seulement l'altimétrie moyenne de l'océan, mais aussi les tendances régionales .

Le réchauffement de l'océan profond est surtout répandu dans l'Atlantique, l'Océan Indien, et le long du courant circumpolaire antarctique, ce qui suggère une forte relation avec la circulation océanique .


La comparaison avec les mesures disponibles pour les grands fonds montre une bonne concordance, ce qui indique que le réchauffement des océans profonds en dessous de 700 m pourrait avoir contribué à hauteur de 1,1 mm / an au niveau moyen global, soit un tiers de l'élévation observée, de 3,11 ± 0,6 mm / an, sur 1993-2008."

 

 

 

ce que j'en pense

 

 

Il faudra attendre la mise à disposition de l'étude complète.

Mais dorénavant on peut faire quelques supputations.

 

Je commencerai par une critique concernant le fait que la variation de flux TOA que nous jugions imprécise, il y a peu, est utilisée par le modèle des auteurs.

Toutefois les recoupements tant temporels que spatiaux avec les observations sont un bon point.

 

Sur la période complète 1993-2008, la hausse stérique serait de l'ordre, si j'en crois l'estimation du changement stérique de l'océan supérieur, de 2.3 mm/an.

 

Il resterait donc environ, pour faire court, 0.8 mm/an d'élévation due à la fonte des glaces terrestres, pendant cette période.

 

2.3mm/an c'est beaucoup, évidemment.

 

Cela correspond, approximativement, à un flux de chauffage moyen pendant cette période, de 1.9W/m2, supérieur au déséquilibre de 0.85W/m2 d'Hansen 2005.

 

Cazenave et al 2008 indiquait  entre 2003 et 2008 une élévation stérique très faible de 0.31mm/an correspondant à un flux de chauffage de 0.26W/m2.

 

Dans ce contexte, il semble intéressant de rappeler l'étude récente de Wu et al 2010 qui, suite à de nouvelles estimations du rebond isostasique, détermine, entre 2002 et 2008, des pertes de glace pour le Groenland, l'Alaska/Yukon, et l'Antarctique ouest de l'ordre de 2 fois inférieures aux précédentes estimations.

 

Respectivement, les pertes sont de 104, 101, 64Gt/an soit un total de 269Gt/an.

 

Il n'y a pas prise en compte d'autres glaces continentales comme les glaciers de l'Himalaya et d'autres plus mineurs et nous allons monter à 357 Gt/an maximum le total, correspondant à 1mm/an d'élévation du niveau pour la contribution glaces.

 

Si on tient compte de cette nouvelle estimation, les estimations de Cazenave et al 2008, sont évidemment à revoir puisque l'élévation stérique passerait alors à 1.7 mm/an environ, soit plus proche  des 2.3mm/an.

 

 

Comme dit plus haut de telles élévations de niveau stérique correspondent à des flux de chauffage important.

 

l'équation du flux radiatif TOA

 

Q chauffage = F - T/S

 

implique que ce chauffage peut venir du forçage F et/ou d'une variation de la température de surface de l'océan.

 

Si on prend en compte un stérique de 2mm/an, aboutissant à un chauffage de 1.65W/m2 d'océan, on ne peut envisager l'une ou l'autre de ces solutions mais bien l'une et l'autre.

 

Par approximation successives, on trouve que, pendant la période 1993-2008, le forçage moyen devrait être de 1.8W/m2 avec une circulation océanique amplifiée entraînant un flux d'eau froide à la surface (correspondant à un "forçage" de la surface de -1.1W/m2).

 

Cette valeur de forçage est conforme à ce qu'on sait déjà des forçages anthropiques et naturels.

 

 

Et, contrairement à ce qu'on pourrait penser, l'étude de Wu et al 2010, si elle ne va pas dans le sens, il est vrai, d'une dégradation rapide (pour le moment) des glaces continentales, va dans celui, par contre, d'un fort réchauffement de l'océan.

 

Si on considère l'étude de Song et al 2011 valide, ainsi que les estimations précédentes de la chaleur captée par l'océan supérieur, il semblerait qu'une part très importante du forçage va bien dans l'océan profond.

 

De plus en plus d'ailleurs si on croit l'évolution récente de la chaleur de l'océan supérieur.

 

Cette hypothèse, si elle se vérifie, et perdure, signifie que le température transitoire du système (TCR) est plus faible que prévue et, qu'in fine, la température sera moins élevée en 2100.

 

Ceci ne remet en cause ni les forçages, ni la sensibilité climatique, mais implique une augmentation des échanges d'énergie dans l'océan.

 

Cette augmentation des échanges est elle une variation naturelle ou une réaction du système au réchauffement?

 

Ce n'est pas facile de répondre à cette question, évidemment.

 

Dans le chapitre 8 de l'AR4, table 8.2, les sensibilités transitoires varient pour une même sensiblité à l'équilibre.

 

Le CSIRO MK3.0 par exemple donne une réponse en 2100 de 1.4K pour une sensibilité de 3.1K.

 

Comme la variation de forçage est imposée c'est que ce modèle prend en compte une plus forte inertie du système que les autres.

 

 

D'un point de vue macroscopique, les mouvements de l'océan dépendent, en grande partie, de la circulation atmosphérique.

 

Et l'intensité de celle-ci dépend du gradient thermique méridional (entre équateur et pôles).

 

Comment ce gradient peut-il évoluer?

 

On verra ça dans un prochain article mais il n'est pas évident que le resserrement des températures de surface entre sud et nord soit si déterminant que çà.

 

 

 

à suivre donc.

 

 

CNES-LEGOS niveau global

 

 

 

 

 

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 15:16

 

net radiation

 

 

radiation nette NASA

 

 

Nous avons souvent évoqué la "chaleur manquante" ici.

Par contre nous ne l'avons pas encore abordée sur le plan du déséquilibre radiatif mesuré au dessus de l'atmosphère par les satellites.

 

De façon simple, selon la valeur et le signe du flux radiatif TOA net (FTOA net), le système climatique se réchauffe ou se refroidit.

Ce flux net est donc égal au flux de chauffage du système.

L'équation très simple et très connue qui régit ce flux net est :

 

eq1

 

 

FR est le forçage radiatif en W/m2

λ est le paramètre de rétroaction (feedback parameter) en W/m2.K , c'est l'inverse du paramètre de sensibilité.

T est la variation de température par rapport à l'équilibre.(en K)

qchauffage est la puissance de chauffage par m2 de surface du système considéré

 

 

L'océan est le milieu physique qui présente la plus forte capacité calorifique du système climatique terrestre.(on parle aussi d'inertie thermique)

La cryosphère arrive en deuxième position mais le fait qu'elle soit localisée près des pôles rend son influence globale faible.

Enfin, l'atmosphère et les terres ont très peu de capacité calorifique par rapport à l'océan et peuvent être négligés étant donné, de toute façon, la forte incertitude sur la mesure de chaleur de l'océan.

 

relation entre qchauffage  (qch) et Qocéan

 

qch représente la quantité d'énergie (ici sous forme de chaleur) par unité de temps et de surface totale du système.

Cette énergie est principalement constituée de la chaleur stockée par l'océan

 

on a donc:

 

Qoc = qch . Stot

 

Si, par exemple, on connaît Qoc, on passe à FTOA net en divisant Qoc par la surface terrestre totale soit Stot = 5.11 1014 m2.

Par contre le flux de réchauffage de l'océan est souvent donné par m2 de surface océanique.

Pour connaître le flux TOA il faut multiplier le flux de réchauffage par 0.7 qui est le rapport Soc/Stot.

 

 

diagramme de Trenberth

 

 

Trenberth et Fasullo dans  "Tracking Earth's Energy" ont produit cette figure maintenant assez connue:

 

trenberth1

 

dans le diagramme A le flux de chauffage de l'océan (ramené à la surface terrestre et additionné des chaleurs annexes: terre atmosphère cryosphère) comparé au flux TOA.

 

dans le diagramme B: niveau de la mer, CO2, température de surface globale.

 

réglons tout de suite le cas du B

 

on peut  en effet être étonné par la courbe rouge NOAA de la température globale depuis 1993, car la température de départ n'est pas celle-là et l'impression laissée par la retranscription à partir de la base de données NOAA n'est pas tout à fait la même que celle de Trenberth.

 

NOAA

 

Là n'est pas vraiment le problème, mais c'est un peu bizarre.

 

(on revient à la figure B)  Les flux de chaleur océanique et TOA net sont très lourdement lissés et simplifiés (The curves are heavily smoothed and somewhat simplified)  

Si le but de Trenberth est de démontrer la nullité actuelle des moyens de mesure pour détecter et corroborer le déséquilibre radiatif, il faudrait qu'il détaille un peu plus car présenté comme ça on a l'impression qu'il y a non-corrélation à partir de 2005 seulement.

La courbe "d'origine" du flux TOA est la suivante:

 

TOA

 

On utilise classiquement l'anomalie d' OLR (Outgoing Longwave Radiation) et l'anomalie de flux réfléchi.(SW)

On notera d'avance que cette anomalie SW intègre l'anomalie de TSI et donc ne représente pas l'anomalie SW intégralement, mais passons.

Les valeurs sont données par rapport à 2000 où l'anomalie indiquée est de 0.5W/m2.(cette valeur d'origine mériterait d'être explicitée car elle est d'une grande importance pour retrouver la chaleur totale)

Bien que le bilan TOA absolu indique, de façon inexpliquée, un déséquilibre positif de 6.4W/m2  (non visible, bien sûr, sur ces courbes) Trenberth croît, dur comme fer, aux variations relatives interannuelles et même intermensuelles, du flux TOA net.

 

Personnellement j'en doute quelque peu.

 

Le flux OLR absolu est de 242W/m2 et est obtenu par scanner (balayage) de l'ensemble de la planète.

C'est la même chose pour le flux réfléchi 103 W/m2, alors que l'angle de "prise de vue" a également une importance.

 

En bref, je ne vois pas comment être précis à moins de 1W/m2 qui représente moins de 0.5% de l'OLR, alors que Trenberth se fait du souci pour un flux net total qui dépasse de 1W/m2 le flux moyen, ce qui nécessite des erreurs de moins de 0.5W/m2 sur chacun des flux, soit 0.2% pour l'OLR alors que la valeur zéro est de 6.4 W/m2.

 

Mais on va tout de même considérer l'optique, si on peut dire, de Trenberth.

 

Il est bon aussi de signaler une autre source de mesures OLR.

Il s'agit d'NCEP.

 

Ci-dessous les variations comparées de l'OLR CERES et l'OLR NCEP.

 

OLR

 

Les courbes correspondent à peu près bien jusqu'en 2005 mais ensuite il y a divergence nette.

 

Lorsqu'on parle OLR, on parle de radiation infrarouge qui sort.

Pour calculer le flux net l'OLR doit être comptée négativement ainsi que la SW réfléchie.

C'est simple à comprendre si on se dit que plus il y a d'IR qui sort et plus le système se refroidit et inversement.

On voit donc que pour NCEP, il y a beaucoup moins de flux qui rentre dans le système en 2008-2009 que pour CERES.

Si on ne considérait que le flux NCEP il y aurait donc beaucoup moins de problème de "chaleur manquante".

 

Je n'ai malheureusement pas trouvé d'autre source que CERES pour le SW.

 

Je présenterai donc les flux nets suivants:

 

(NCEP LW+CERES SW) appelé plus loin NCEP

(CERES LW +CERES SW) appelé plus loin CERES

 

 

flux de chaleur océanique

 

L'incertitude sur ce flux est très grande à mon sens, pour plusieurs raisons sur lesquelles je ne vais pas trop insister mais que je vais résumer en quelques lignes.

 

Les capteurs ARGO mis à flot à partir de 2003 ne semblent pas apporter d'amélioration sensible par rapport aux mesures de la période précédant 2003.

Nombreux sont les capteurs ARGO qui ne descendent pas à plus de 1000 m, les biais sont nombreux, et d'après Fasullo, 30% des capteurs qui remontent à la surface indiquent des pressions négatives.

Comment dans ce cas mesurer une chaleur océanique qui ait un sens alors que de nombreuses études indiquent un réchauffement de l'océan profond et des abysses?

Comment imaginer des flux de chauffage qui passent de -4W/m2 à +3W/m2 en 2 ans?

C'est proprement impensable.

 

J'ai calculé le flux de chauffage océanique à partir de la moyenne Palmer et Levitus, ramené à la surface terrestre et en tenant compte d'une estimation de chaleur de 700m aux abysses égale à 50% de la chaleur 0-700m (ce qui revient à multiplier par 1.05).

 

La figure ci-dessous indique le flux de chauffage de l'océan, ainsi calculé, et les flux TOA (NCEP et CERES)

 

 

flux

 

 

On voit qu'il faut vraiment un lissage très très lourd (lequel d'ailleurs?) et/ou beaucoup d'imagination pour retrouver tout ce qui figure en bleu dans la figure A de Trenberth.(ici la courbe jaune)

On voit également que, si on considère NCEP, il n'y a rien d'anormal dans la période récente.

Si on considère CERES le principal problème n'est pas dans la période récente mais plutôt vers 2000-2001-2002 où les variations de flux de chauffage de l'océan n'ont aucun sens.

 

 

conclusion

 

 

Plusieurs remarques ont été faites concernant la précision, prétendue, des mesures TOA ainsi que celle, très mauvaise, des mesures de chaleur océanique.

 

Ce n'est pas uniquement un problème de chaleur manquante mais aussi de "chaleur en trop" à certaines autres périodes.

De mon point de vue, ce ne sont d'ailleurs pas des problèmes réels, mais virtuels, provoqués par des biais rédhibitoires dans les mesures TOA et de chaleur océanique.

 

On a un certain mal à mesurer les températures océaniques de surface (en deux dimensions donc).

Que dire alors des mesures en trois dimensions effectuées par des capteurs automatiques complexes, soumis à des pannes diverses?

 

Pour le moment, il peut sembler finalement pas si absurde de se fier aux modèles plutôt qu'à des observations aussi incohérentes.

 

Nous verrons dans un prochain article les implications des mesures de flux TOA par rapport aux forçages car, là aussi, ce n'est pas très clair.

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 17:48

abysses

 

A la suite de l'article précédent sur Lyman et al 2010, signalons un article paru en 2007 dans Journal Of Climate.

 

Il s'agit de:

 

Recent Bottom Water Warming in the Pacific Ocean 

 

GREGORY C. JOHNSON

NOAA/Pacific Marine Environmental Laboratory, Seattle, Washington

SABINE MECKING

Applied Physics Laboratory, University of Washington, Seattle, Washington

BERNADETTE M. SLOYAN AND SUSAN E. WIJFFELS

CSIRO Marine and Atmospheric Research, Hobart, Tasmania, Australia

 

et concerne l'augmentation de chaleur dans les abysses du Pacifique, soit à des profondeurs sous 3000-4000m.

 

en voici un extrait:

 

"Between 3000 m (or 4000 m in the case of P06) and the bottom these estimates of heat flux range from 0.01W/m2 along 47°N (P01) to 0.06W/m2 along 170°W south of the equator (P15S). These values are between 5 and 30% of the heating trend of 0.2 W/ m2 estimated for the 0–3000-m World Ocean heat content change between 1955 and 1998 (Levitus et al. 2005) and between 2% and 10% of the heating trend of 0.6W/m2 (per unit area of the earth’s surface) estimated for the 0–750-m World Ocean heat content change between 1993 and 2003 (Willis et al. 2004).

Thus, abyssal Pacific Ocean heat content variations may contribute a small but significant fraction to the earth’s heat budget."

 

 

Les flux indiqués sont des flux rapportés à l'ensemble de la surface terrestre s'ils étaient généralisés à l'ensemble des abysses océaniques (si j'ai bien compris).

 

Les flux les plus importants, 0.06W/m2, concernent cependant une petite période 1996-2001 (voir tableau 1)

 

Il semblerait également que le réchauffement abyssal se soit produit à partir des années 90

 

selon ce deuxième extrait:

 

"Interestingly, all the abyssal Pacific warming signals are smaller than those recently reported in an analysis of repeat section data in the western basins of the South Atlantic (Johnson and Doney 2006). The same calculations made above applied to these repeat section data result in a value of 0.2 W/ m2 below 3000 m between 2005 and 1989–95 and from 60°S to the equator in the southwest Atlantic. Again, this number represents the impact that these regional changes in ocean heat content would have on a uniform surface heat flux distributed over the entire earth (not just the ocean) were they representative of changes throughout the abyssal World Ocean."

 

S'il avait lieu sur l'ensemble de la surface terrestre, et suivant Johnson et Doney 2006,  les abysses de l'Atlantique occidental sud auraient absorbé un flux thermique correspondant à 0.2W/m2.

 

Ce que j'en pense

 

Ce dernier flux, trouvé au fond de l'Atlantique, serait bien sûr considérable, s'il s'appliquait à l'ensemble de l'océan, et prouverait, en tout état de cause, que les températures abyssales peuvent varier de façon significative en des temps relativement courts.

Il n'y a pas d'étude globale des abysses, mais un flux de l'ordre de 0.1 W/m2, ramené à l'ensemble de la surface terrestre, semblerait dans le domaine du possible.

Si on ajoute un flux du même ordre pour la couche intermédiaire, entre l'océan supérieur et les abysses, on atteint, avec Lyman et al. 2010 un flux global de l'ordre de 0.8-0.9W/m2 soit encore plus proche du déséquilibre radiatif de 0.85 W/m2 trouvé par  Hansen 2005 .

Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec cette notion de déséquilibre radiatif on peut dire simplement que ces 0.85W/m2 représentent le flux de chaleur stocké par l'océan, du fait de son inertie thermique, et n'ont donc pas été utilisés pour augmenter la température de surface.

Si on adopte un coefficient de sensibilité climatique de 0.81K.m2/W, cela correspond à un déficit de température de 0.7K à l'équilibre.(virtuellement "in the pipe")

Dans le cas particulier du réchauffement climatique que nous vivons, l'océan joue bien son rôle de modérateur, comme il le joue, de façon bien connue et familière, dans le climat en général.

 

On ne s'emballera évidemment pas, car si les mesures de l'océan supérieur semblent difficiles, que dire de celles de l'océan profond et abyssal.

Néanmoins tout ceci ouvre des perspectives intéressantes pour la résolution du bilan radiatif global.

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 19:03

 

 

Selon cette nouvelle étude de Lymann et al, parue dans Nature, l'océan supérieur (0-700m) s'est réchauffé de façon significative entre 1993 et 2008.

Elle est également décrite dans realclimate , sciencedaily, metoffice.

 

Trenberth, dans le même journal nous donne son analyse, toute en sobriété, de l'étude de Lyman.

 

Ci-dessous le changement de chaleur de l'océan supérieur, avec la courbe noire de Lyman 2010, et les tendances linéaires sur 1993-2008 (rose) et 2003-2008 (bleue: dans ce cas il s'agit de la tendance sur 0-2000m).

lyman 2010 

 

La tendance rose est de 0.64 W/m2 avec un intervalle de confiance à 90%, de 0.54-0.75 W/m2.

Cette valeur, s'entendant pour la Terre entière, est donc assez proche des 0.85W/m2 de déséquilibre radiatif d'Hansen 2005.

Néanmoins, il y a confirmation du ralentissement depuis 2003 puisque la tendance est inférieure à 0.54W/m2.

Trenberth nous cite l'étude de von Schuckmann, déjà citée dans ce blog, qui fait état d'une prise de chaleur s'étendant en dessous de 700m et portant la tendance 2003-2008 à 0.54W/m2, justement.

Trenberth s'interroge toujours sur le pourquoi de ce ralentissement et sur le devenir de la chaleur disparue.

On sent bien que ce problème le tracasse.

C'est plutôt bien un  chercheur qui se pose des questions et qui cherche à comprendre.

 

Cette étude, ainsi que les observations de température de surface, appuient la possibilité qu'il se soit  passé un phénomène, non confirmé par le bilan radiatif TOA, à partir des années 2003-2004.

A moins évidemment que nos moyens de mesure soient inadéquats pour obtenir un bilan énergétique parfaitement bouclé.

La science est en marche…

 

PS: pour faire suite à un commentaire concernant le saut de température entre 2001 et 2003, il importe, à l'instar de ce que dit Gavin Schmidt sur realclimate en réponse au commentaire 21:

 

"[Response: Trenberth is interested in being able to say precisely where the energy flows are going on relatively short timescales - this is hard because the accuracy in the year to year numbers is not very good and so there is a lot of wiggle room. Everyone would rather this not be the case, but with the current measurement system, these year-to-year uncertainties will persist for a while longer. Over the longer term the accuracy is better, there is less wiggle room, and in fact we are able to balance out the energy flows - i.e. the increase in ocean heat content is pretty much what is expected from the anticipated radiative imbalance..."

 

si on utilise les barres d'erreur, on peut obtenir une "variabilité" tout à fait différente, comme indiqué par la courbe verte rajoutée sur le graphique original:

 

lyman 2010 modif

 

Dans ce cas on ne peut plus rien dire de spécial pour 2001-2003.

Cela contredit plutôt le "ralentissement à partir de 2003" évoqué plus haut, mais on "voit" plutôt une progression assez régulière de la chaleur avec un creux en 1997 et un creux en 2008.

Il reste toutefois que si l'on doit s'efforcer de comprendre les creux, la tendance de fond persiste bel et bien.

A titre de comparaison avec la mesure du niveau de la mer (qui comprend le thermique et la fonte des glaces continentales) voici ci dessous la dernière courbe d'augmentation du niveau de la mer de l'université du Colorado:

lyman 2010 sea level

 

 

Cette courbe n'est pas très éloignée de la courbe verte ci dessus.

Toutefois, il faut considérer l'influence, loin d'être négligeable, de la fonte des glaces.

Mais tout ceci a déjà été vu et revu par nombre d'auteurs comme Anny Cazenave par exemple.

Voir avant-dernier article sur le sujet pour plus d'infos.

 

 

PS2: si on regarde Domingues 2008, la chaleur cumulée stockée par l'océan est de 15 10^22J sur 30 ans.

Tous calculs faits et sauf erreur, ceci correspond à une augmentation de température de la couche 0-700m de 0.143K et donc à une variation totale du niveau de 21.82mm soit 0.73mm/an.

Cette variation est faible comparée aux variations actuelles totales de l'ordre de 3 mm/an.

Difficile donc de déduire une chaleur des océans à partir du niveau de la mer.

Disons que cette variation est révélatrice qu'il se passe quelque chose dans la thermique du système, mais d'avantage concernant la fonte (ou l'accumulation de glace) que l'augmentation de la température.

Ceci ne voulant bien sûr pas dire, loin de là, que les phénomènes ne sont pas liés.

 

 

PS3: suite à demande, détail du calcul menant à 0.143K.

 

on a

 

OHC = masse de l'océan (0-700m) * capacité calorifique*delta T

 

d'où

 

delta T = OHC/(masse océan*capacité calo)

 

masse de l'océan = surface*épaisseur *densité

 

surface = 3.578 10^14 m2

épaisseur =700m

 

masse=700(m)*3.578 10^14(m2)*1000(kg/m3)=2.5 10^20kg

capacité calo = 4186 J/kg.K

OHC = 15 10^22J

 

d'où delta T = 0.143K

 

océan considéré comme de l'eau pure.

 

la variation volumique avec la température est de l'ordre de 3.11 10^-5 /K

 

si on considère la surface constante la variation de niveau est donc

 

700 m*3.11 10^-5 =  2.177 10^-2m

 

soit 21.77mm/30 ans = 0.7mm/an

 

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 21:03

 

La chaleur captée par les océans est un point fondamental permettant l'analyse de l'évolution climatique actuelle.

Ce point a été abordé de nombreuses fois ici, mais, comme certaines études intéressantes sont parues depuis, il semble bon de faire un rapport d'étape de la situation.

Il est clair que la chaleur captée par les océans est liée à une composante importante du niveau de la mer.

Ce dernier varie suite aux échanges d'eau avec les glaces continentales et aux variations de densité provoquées par les variations de température.

Les variations de salinité interviennent également sur la densité, en fonction des échanges d'eau avec les glaces continentales.

Ces deux composantes sont appelées niveau massique et niveau thermostérique ou, plus simplement, stérique.

La variation de niveau totale devant être égale à la somme des deux composantes.

 

Les variations massiques sont essentiellement déterminées par mesure de  gravité (variations du champ de gravitation mesurée par satellite: GRACE).

Les variations stériques par mesure de la température, avec, notamment, les toutes nouvelles balises ARGO.

Le niveau global étant lui mesuré par altimétrie, soit satellitaire (Jason) soit par marégraphe.

 

Les variations massiques peuvent également être déterminées, de façon sans doute moins précise, par mesure de densité et de température.

Ces deux mesures permettent de déterminer la salinité.

Si la salinité baisse c'est qu'il y a d'avantage d'eau douce provenant des glaces continentales qui rentre dans l'océan, d'où l'on peut déduire l'augmentation du massique.

 

Dans le "mystère de la chaleur manquante" nous nous étions intéressés à l'évolution récente de la chaleur captée par les océans et c'était bien resté un mystère, en tous les cas pour l'auteur de ce blog.

Voyons si la situation a évolué depuis...

 


les dernières études

 

Concernant la chaleur captée avant 2003, la situation décrite par Domingues 2008 constitue une référence peu remise en cause.

On voit ci dessous l'évolution selon Domingues (courbe noire) de 1951 à 2003 pour la couche d'océan supérieur de 0-700m.

domingues08

 

de 1961 à 2003 le flux moyen de réchauffage de l'océan était de 0.36+-0.06W/m2.

Dans la courbe du bas, il est intéressant de remarquer la chaleur très importante dans la couche 0-100m soit très près de la surface.

L'étude nous indique de plus que 97% de la chaleur est contenue dans la couche 0-300m.

ceci est une indication du peu de diffusion de la chaleur dans les couches profondes de l'océan et même dans les couches juste en dessous de la thermocline.

L'augmentation de niveau thermostérique moyenne sur la période (1961-2003) est de 0.52+-0.08mm/an.

Sur 1976-2003 il semble y avoir une légère accélération puisque le flux passe à 0.40W/m2 et le niveau à 0.59mm/an.

 

 

Pour l'après 2003, les études se sont succédées à la suite de l'introduction progressive des balises ARGO, petits robots sophistiqués se baladant au sein de l'océan et retransmettant leurs résultats aux satellites lors de leurs retours épisodiques à la surface.

La mise au point de ces nouveaux capteurs ne s'est pas faite sans encombre.

De nombreux biais froids des balises Argo, et des biais chauds des anciens capteurs XBT, pour de multiples raisons, ont perturbé suffisamment les scientifiques pour que ces derniers (Lymann, Willis, Johnson 2006) établissent une courbe de chaleur qui avait plutôt surpris à l'époque.

 

 

lyman2006

Le refroidissement à partir de 2003 était plutôt impressionnant et sans raison identifiée.

Depuis, les études se sont succédées pour analyser cette période.

 

 

Dans Willis 2008, les auteurs trouvent toujours une baisse de niveau stérique et une hausse du niveau massique assez faible avec une inadéquation totale entre (stérique+massique) et altimétrique.

 

de juillet 2003 à juin 2007:

 

Sterique:         -0.5 ± 0.5 mm/yr

Massique:          0.8 ± 0.8 mm/yr

somme:             0.3 ± 0.6 mm/yr

Altimetrique:   3.6 ± 0.8 mm/yr

 

décliné en graphiques:

willis2008

 

Cazenave et al 2008 nous donnent un bilan bien différent:

 

Data source                                                                                  Rate(mm/yr)


Sea level (altimetry; 2003–2008)                                                       2.5 +/−0.4

Ocean mass (GRACE; 2003–2008)                                                     1.9 +/−0.1

Ice sheets (GRACE; 2003–2008)                                                        1+/−0.15

Glaciers and ice caps (2003–2008; Meier et al., 2007)                  1.1+/−0.24

Terrestrial waters (2003–2008)                                                          0.17+/−0.1

Sum of ice and waters                                                                            2.2 +/−0.28

Steric sea level (altimetry minus GRACE; 2003–2008)                  0.31+/−0.15

Steric sea level (Argo; 2004–2008)                                                    0.37+/−0.1

 

Il est à noter des informations indépendantes sur ce qui compose le niveau massique

Il est fait référence, dans le document, à des résultats ARGO identiques à ceux de Willis.

Il est possible que Willis ait rectifié ses résultats depuis début 2008, mais je n'ai pas trouvé.

Par contre les nouvelles estimations de niveau massique proviennent d'une meilleure prise en compte du rebond isostasique.

Il semble aussi que l'on arrive à éliminer certaines données supplémentaires biaisées des balises Argo.

 

 

Dans Levitus et al 2009, un panorama plus large de la chaleur océanique nous est livré.

 

Levitus2009

 

à partir de 2003, on distingue un "plateau" légèrement ascendant.

de 1969 à 2008,la chaleur augmente de 0.40 1022J/y, soit 0.38W/m2.

de 2003 à 2008, l'augmentation est plus faible égale à 0.16W/m2 environ.

 

 

Leuliette dans the budget of recent global sea level rise examine la période janvier 2004-mars 2009, la plus récente période analysée, à ma connaissance.

les résultats sont représentés par ces courbes tant pour le niveau stérique que pour le massique.

 

leuliette

ainsi que par ce tableau:

tableau leuliette

on relève une légère augmentation du stérique 0.5+-0.5mm (erreur aussi grande que la valeur) et une augmentation du massique nettement plus importante.

 

 

 

 Von Schuckmann et al 2009, étudie la période 2003-2008 .

 

von schuckmann

 

la quantité de chaleur stockée dans l'océan est nettement plus importante que dans les études précédentes et aboutit à un flux de 0.77W/m2 et une augmentation du niveau stérique de 1mm/an.

La profondeur étudiée est toutefois nettement plus importante (0-2000m) que celle des études précédentes.

Mais on peut douter au regard des autres études que cela soit significatif.

Par contre la contribution du massique est nulle (méthode différente des méthodes par gravité).

 

 

 

citons enfin cette étude de Stjepan Marcelja  où l'auteur établit une relation entre SST et chaleur stockée dans l'océan (et niveau stérique) par l'utilisation d'une équation de diffusion.

les résultats sont indépendants des mesures de chaleur mais reproduisent très bien cette dernière voir ci dessous (simulée: courbe rouge, Domingues courbe bleue)

marcelja1

 

ils sont obtenus sans paramétrisation comme l'indique l'auteur:

 

"It is remarkable that the agreement is obtained without any adjustable parameters, using

25 the values for eddy diffusivity and upward drift velocity determined by Munk (1966)."

La simulation nous montre que l'océan se réchauffe bien dans la période toute récente.

Le modèle de Marcelja infirme cependant la possibilité d'une contribution significative de l'océan profond à la chaleur captée et à l'augmentation du niveau stérique au cours de ces dernières décennies.

Ce même modèle permet d'observer l'augmentation du niveau  après stabilisation des SST suite à la lenteur de la diffusion de la chaleur dans l'océan profond.

 

marcelja2



conclusion

 

 

On peut constater que le chemin vers la connaissance précise de la chaleur stockée dans l'océan, et de son équivalent en augmentation du niveau de la mer, n'est pas un long fleuve tranquille.

 

Les biais des différents appareils de mesures (XBT, Argo), commencent cependant à être suffisamment cernés, pour qu'on corrige, voire qu'on élimine, des données parasites.

 

Il ne semble plus aussi évident maintenant qu'il y ait encore un très gros "mystère de la chaleur manquante".

 

Il semble en effet probable, que le niveau stérique se soit élevé de 0.3 à 1 mm/an au cours de ces 6 dernières années et que le flux de chaleur entrant dans l'océan, de 0.2 à 0.9W/m2, ait été du même ordre que la tendance des 3 dernières décennies, voire, selon Von Schukmann, en augmentation.

 

Le réchauffement global de l'océan, y compris lors de ces toutes dernières années, est une preuve importante d'un réchauffement par forçage, et rend très peu probable toute explication par une oscillation interne, sauf si cette dernière génère elle-même un forçage.


Ceci ne préjuge en rien de l'origine de ce forçage, quoique le forçage anthropique soit un sérieux candidat.

 

PS: la "preuve du réchauffement par forçage" s'entend dans le cadre des dernières études mentionnées.

Nous n'avons évidemment aucune preuve que ces études sont exactes, et nous n'avons donc aucune preuve absolue que ce réchauffement est du à un forçage.

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 22:31

Pour conclure, provisoirement, ce problème d'adéquation entre les différents niveaux, stérique, altimétrique, massique, je reproduis ici une partie de la réponse qu' Anny Cazenave, directrice adjointe du LEGOS a bien voulu me faire parvenir.

Il s'agit de l' extrait d'un courrier entr'elle-même et un autre scientifique de renom.

A cette réponse est jointe un pdf concernant un article sous presse (abstract disponible ici) qui sera bientôt publié.


"Sea level budget over 2003-2008: A reevaluation from GRACE space gravimetry,

satellite altimetry and Argo

A. Cazenave a,⁎, K. Dominh a, S. Guinehut b, E. Berthier a, W. Llovel a, G. Ramillien a, M. Ablain b, G. Larnicol b

a LEGOS, OMP, Toulouse, France

b CLS, Ramonville St Agne, Franc"


Evidemment il est très intéressant mais je ne peux, pour des raisons évidentes, le reproduire ici


Je remercie en tous les cas très sincérement Anny Cazenave.


Voici l'extrait en question dont vous verrez qu'il apporte une vision différente de celle de Willis, sur l'évolution du niveau stérique, témoin thermique du réchauffement,  et sur celle du niveau massique, témoin, principalement, de la fonte des glaces continentales (icesheets, icecaps, glaciers de montagne).


J'ai mis en gras les points qui me paraissent importants :



"En ce qui concerne les dernières années (message de JL Dufresne), en
effet un ralentissement temporaire du contenu thermique de l'océan n'a
rien d'extraordinaire à cause de la variabilité interannuelle naturelle
et n'est pas de nature à remettre en question la tendance positive à
long terme.
(je joins 2 courbes du contenu thermique de l'océan calculées
par Ishii & Kimoto sur 1950- 2005 et depuis 1990; regarder seulement les
courbes rouges, version 6.7; on voit bien que dans le passé d'autres
périodes ont connu des ralentissements temporaires, par ex 1973-1978, ou
1990-1995).
L'article de Willis et al. (2008) ne boucle pas en effet le bilan du
niveau de mer ( 'sea level budget') mais il y a plusieurs raisons à cela
(que les auteurs eux-mêmes -que je connais bien et avec qui j'ai
discuté- admettent).
(1) Leur valeur de la hausse du niveau de la mer par altimétrie est un
peu surestimée
(une histoire de correction atmosphérique)
(2) leur estimation de la composante 'augmentation de la masse de
l'océan' d'après les mesures de gravimétrie spatiale GRACE est
probablement sous estimée,  à cause de la valeur de la correction de
rebond post-glaciaire qu'ils ont adoptée (1 mm/an).
Cette correction,
appelée aussi GIA,  -due à la variation séculaire du géoide en réponse
au rebond post glaciaire- est estimée à partir de modèles seulement et
il existe de grandes disparités entre les modèles. Certains
modélisateurs (Richard Peltier) préconisent une valeur de 2 mm/an. C'est
la valeur que nous avons utilisée. Or, avec cette valeur de la
correction, on trouve une augmentation de masse de l'océan depuis 2003
(basée sur GRACE) de l'ordre de +1.9 mm/an, en excellent accord avec les
estimations indépendantes des contributions des glaciers (~+ 1 mm/an) et
des calottes polaires (~ + 1mm/an pour la somme Groenland + Antarctique;

-cf  la Bowie Lecture d'Eric Rignot à l'AGU en décembre dernier-). Il
est clair qu'en prenant une correction de GIA de seulement 1 mm/an, on
n'a pas d'accord sur ce point.
(3) l'estimation d'expansion thermique de l'océan de Willis et al.,  
basée sur Argo, inclut l'année 2003 très pauvre en mesures (couverture
très mauvaise des données), ce qui conduit à une tendance légèrement
négative; Sans 2003, la tendance est faiblement positive (de l'ordre de
+ 0.3 mm/an)

Tout ça mis bout à bout conduit à un grand écart entre la hausse
observée (trop grande) et la somme 'masse de l'océan' plus expansion
thermique (toutes 2 sous estimées)...
A noter que ces sous/sur estimations n'affectent que les 'trends', pas
le cycle annuel; en particulier il n'y a pas de correction GIA à
appliquer au cycle annuel car l'effet du rebond post glaciaire est
uniquement séculaire; et le pb de la correction atmosphérique est de
type 'drift'."




Dans l'article lui-même, l'adéquation entre les différents niveaux est quasi-parfaite.


Concernant le niveau stérique, l'article indique que ce niveau, lorsqu'il est déduit des deux autres, augmente de 2003 à 2006, puis baisse depuis 2006.

Sur l'ensemble de la période il augmente de 0.3+-0.15mm/an

Il y a donc deux phases dans la période.

Une baisse pendant 2 à 3 ans ne semble donc pas extraordinaire.


Voilà, la science progresse.

 

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 09:15


Concernant l'inadéquation entre les différents niveaux, il semble que l'équipe, française, du LEGOS,

ait des choses à dire.


EDIT: enfin pas vraiment concernant l'inadéquation mais plutôt le niveau de l'océan lui-même, car on ne trouve pas trace, dans l'abstract, gratuit, d'un quelconque problème entre les différents niveaux altimétrique, stérique, et massique, du moins pour la période récente.


voir l'abstract d'un de leurs derniers articles sur ce lien


j'en retire cet extrait :


« Depuis 2003, l'expansion thermique de l'océan fait une pause. Mais la contribution accrue des glaces et eaux continentales permet d'expliquer presque totalement la hausse du niveau de la mer des dernières années. »


C'est très vague, il n'y a presque aucun chiffre, mais cela confirmerait qu'il n'y a plus d'expansion thermique de l'océan supérieur depuis maintenant plus de 5 ans.

Par contre le "presque totalement" est en contradiction complète avec ce que dit Willis dans son étude (voir article précédent).


J'ai posé la question par mail au LEGOS, et, si éventuellement  il y avait une réponse, j'en ferais part sur ce blog.

Le mieux d'ailleurs serait une réponse directe dans les commentaires.

Bon, évidemment, les scientifiques ne peuvent passer leur temps à répondre aux questions de simples citoyens.

Cependant, c'est sur la base de leurs travaux (certains membres du LEGOS sont "lead author" dans le dernier rapport du GIEC), qu'in fine, ces simples citoyens vont devoir, d'une façon ou d'une autre, participer à la lutte contre le réchauffement climatique envisagé.


Ces mêmes simples citoyens sont donc en droit de recevoir une information correcte, objective et cohérente.


Il est clair, comme je l'ai déjà dit ici, que le fait que l'océan ne se réchauffe plus depuis 5 ans constitue une grosse épine dans le pied des scientifiques, cela pourrait  en effet remettre en cause la réponse transitoire "la plus probable" au forçage anthropique, donc l'amplitude "la plus probable" du réchauffement à venir, et que ceci explique sans doute leur gêne.


Bon n'anticipons pas et attendons.


Patience dans l'azur...


EDIT: il semble que la baisse du niveau stérique, ou la baisse de la température de l'océan supérieur, soit finalement assez robuste.

En effet, non seulement les balises ARGO représentent le meilleur matériel de mesure de température jamais installé dans l'océan (des biais sont bien sûr possibles) mais il existe une corrélation évidente entre les températures de l'océan supérieur et les SST.

Or ces dernières baissent de façon sensible depuis également 2003.



Par contre je ne dirais pas la même chose du niveau altimétrique dont on ne cesse de voir les mesures satellitaires, entre parenthèses étalonnées ou calibrées sur les mesures de marégraphes, sans que soient facilement disponibles les mesures de ces mêmes marégraphes.

A moins que j'ai mal cherché, je me demande bien pourquoi il n'existe pas de graphe du niveau global enregistré par les marégraphes de 2003 à 2008.


extrait de l'AR4 annexe 5-A-4


"When computing global mean sea level variations through time, proper account of instrumental bias and drifts (including the terrestrial reference frame) is of considerable importance.

These effects (e.g., the radiometer drift onboard TOPEX/Poseidon used to correct for the wet tropospheric delay) are of the same order of magnitude as the sea level signal.

Studies by Chambers et al. (1998) and Mitchum (1994;2000) have demonstrated that comparing the altimeter sea level measurements to tide gauge sea level measurements produces the most robust way of correcting for instrumentalbias and drifts."


cela laisse tout de même songeur, non?




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