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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 16:58

Voilà, le 5ème rapport du GIEC, l'AR5, est sorti.

Du moins le résumé pour décideurs.

Pour le rapport complet il faudra encore attendre un petit peu.

 

Bon, ce qu'on peut dire, d'emblée, c'est que c'est du "persiste et signe" comme on pouvait s'y attendre.

Mais en y regardant de plus près, on trouve la confirmation de ce qu'on avait déjà pu lire dans le draft.

A savoir l'inadéquation entre température observée en 2011 (par rapport à 1880) et les valeurs des forçages et de sensibilité climatique.

Bien que pour cette dernière la fourchette s'élargit assez significativement vers les valeurs basses à savoir entre 1.5°C et 4.5°C comparé à 2.0°C et 4.5°C pour l'AR4.

L'augmentation de température observée depuis 1880 est, assez étrangement, trouvée à 0.85°C sans qu'il soit fait mention de comment on atteint cette valeur.

Si on regarde leur graphe des moyennes décennales, plus représentatif car moins soumis à la variabilité naturelle, on trouve plutôt 0.70°C à 0.75°C, valeur plus proche de ce qui était annoncé pour l'AR4 (0.74°C) quoique les périodes de référence étaient différentes.

 

EDIT: l'augmentation de température globale, déterminée par trend linéaire de 1880 à 2012, est de 0.85°C, plus importante donc que les 0.74°C de l'AR4 (entre 1906 et 2005).

Toutefois on sait bien que la température globale n'a pas augmenté de 2005 à 2012 et cette méthode du trend linéaire appliquée de la borne inférieure à la borne supérieure amplifie artificiellement l'anomalie si on a un plateau comme maintenant.

 

Il est sans doute plus juste de comparer des moyennes en début et fin de période.

Dans l'AR4 on avait 0.76°C

"The total temperature increase from 1850–1899 to 2001–2005 is
0.76°C [0.57°C to 0.95°C]."

Dans l'AR5 on a avec une méthode équivalente mais des durées différentes, 0.78°C.

"The total increase between the average of the 1850–1900 period and the 2003–2012 period is 0.78 [0.72 to 0.85] °C, based on the single longest dataset available"

 

http://www.scilogs.de/wblogs/gallery/16/AR5_temp_obs.png

 

Passer de 0.76°C à 0.78°C est une autre façon de dire que nous sommes sur un plateau.

 

 

Pour les forçages on arrive à 2.34W/m2 depuis 1750 (comme c'est commode d'utiliser une date de référence différente de celle des températures!)

Mais on peut supposer que çà n'a pas trop varié entre 1750 et 1880.

Il est dit dans le texte que cette valeur plus forte que pour l'AR4 provient principalement du forçage des aérosols qui avait été surestimé (en valeur négative) pour l'AR4.

Bref si on tient compte de ces valeurs, en utilisant un calcul très simplifié liant chaleur captée par le système, forçage, température et sensibilité, on devrait trouver une sensibilité de 1.9°C si on utilise 0.7W/m2 pour le flux absorbé par le système (dernières valeurs Levitus pour l'océan profond augmentées de 10%)) et 0.85°C d'augmentation de température.

Je réitère donc sans problème ma forte conviction que la sensibilité climatique est plutôt relativement faible de l'ordre de 1.6 à 1.7°C (voir mes calculs et articles précédents sur ce blog).

Concernant l'explication de la pause entre 1998 et 2012, le GIEC se montre incapable d'en expliquer les causes.

Ni la chaleur captée dans l'océan, ni la baisse supposée du forçage radiatif, ne sont en effet capables de l'expliquer.

A noter encore que la rétroaction des nuages est toujours aussi mal connue.

La presse généraliste s'est emparée de ce rapport pour en souligner le caractère encore plus catastrophique en ce qui concerne les conséquences.

Si on excepte la hausse du niveau des océans suspectée être plus importante (0.26 à 0.82m) que celle déterminée lors de l'AR4 (0.18 à 0.59m) à la fin du siècle, je n'ai pas détecté, au contraire, ce caractère plus catastrophique.

Ce "au contraire"  provenant de la confirmation d'une sensibilité climatique plus faible, selon le rapport, mais aussi, et surtout, de par les observations passées dans la moulinette d'un modèle simplifié dont j'ai abondamment parlé sur ce blog.

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 18:42

 

 

 

Comme beaucoup d'entre vous le savent sans doute, le 5ème rapport du GIEC a été diffusé bien avant la date prévue.

On peut le trouver ici.

Il s'agit d'un document de travail du WG1 qui concerne les principes physiques du changement climatique.
Je ne sais s'il s'agit d'une fuite organisée ou non mais peu importe.

 

 

Je me suis intéressé particulièrement au nouveau bilan des forçages qui, je dois le dire, me rend très perplexe.

 

Ce paragraphe de la page 3 du chapitre 8 est, à mon sens, explosif:

 

"The total anthropogenic RF over the industrial era has a best estimate of 2.4 ± 0.6 W m–2 and the AF is 2.2 ± 0.9 W m-2. ....

  The total anthropogenic RF is 50% higher compared to AR4 (2005) due primarily to reductions in estimated aerosol RF but also to continued growth in greenhouse gas RF."

 

 

forçage AR5

 

Le forçage radiatif anthropique AR5 serait donc 50% plus élevé que ce même forçage en 2005 révélé par l'AR4.

Ce résultat devrait avoir, à mon sens, des conséquences majeures, sur l'estimation de la sensibilité climatique établie sur la base des observations de température de surface depuis le préindustriel.

Le forçage des gaz à effet de serre (CO2,CH4, N2O,…) a augmenté de 0.20W/m2 mais c'est surtout du côté des aérosols qu'il faut chercher la différence.

Ce dernier était estimé par l'AR4 à -1.3W/m2 (effet direct et indirect) en 2005 et il devient -0.7W/m2 en 2011 pour l'AR5.

Cette diminution, en valeur absolue serait due à une meilleure connaissance des aérosols, de leur quantité et de leurs effets direct et indirect, même si, est-il rappelé, l'incertitude reste encore forte bien que réduite par rapport à l'AR4.

 

Cette forte augmentation du forçage global pour l'AR5 par rapport à l'AR4 a des conséquences importantes sur l'estimation de la sensibilité calculée par l'effet de ces forçages sur la température de surface.

 

L'effet du forçage peut être calculé de façon très approximative par l'utilisation du modèle simple (CE) utilisé sur ce site.

 

Les résultats ne sont pas à prendre en valeur absolue mais relative.

 

Les courbes de forçage depuis 1750 sont établies en calant le forçage total sur le forçage en CO2 à un facteur multiplicatif près.

Ce facteur est calculé à partir des valeurs de forçage total en 2011 (2.4W/m2 pour l'AR5) et en 2005 (1.6W/m2 pour l'AR4).

 

Le graphique ci-dessous montre les deux forçages depuis 1750.

 

forçages

 

En moulinant le forçage AR4 sur le modèle CE avec une sensibilité de 3°C, on obtient une différence de température de 0.68°C entre les décennies 2003-2012 et 1881-1890,

Si on mouline le forçage AR5 avec la même sensibilité, la différence de température passe à 0.89°C.

Pour obtenir le même delta T que pour l'AR4, il faudrait que la sensibilité soit de 1.82°C.

 

 

conclusion

 

Le forçage anthropique trouvé dans l'AR5, bien plus fort que dans l'AR4, devrait avoir pour conséquence une valeur de sensibilité climatique réduite de 40% environ si on se base sur les observations de température de surface (dont les températures océaniques bien sûr).

Il serait étonnant que des modèles qui simulaient l'évolution de cette température en 2005, puissent simuler cette évolution, de la même façon, en 2012.

Bien entendu, ceci est valable pour les valeurs moyennes de forçage et on peut encore trouver des sensibilités de 3°C et plus, si on utilise des valeurs de forçages d'aérosols élevées.

Mais il n'empêche, dans l'état actuel de ce qu'on sait de l'AR5, on se dirige à coup sûr vers de nouvelles controverses (déjà commencées d'ailleurs sur certains sites).

Il est vrai que l'enjeu est de taille car, si la sensibilité a baissé dans ces proportions, il est exclu que nous dépassions 2°C d'augmentation de température au cours de ce siècle.

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